Pourquoi le prix du pétrole n’augmente-t-il pas davantage?

Investissements

Alors que les experts anticipaient un prix du pétrole à 180 dollars le baril, celui-ci s’échange actuellement autour de 90 dollars malgré le blocage du détroit d’Ormuz. Christoph Sax, économiste en chef chez VZ, décrypte cette situation et explique pourquoi les prix du carburant en Suisse augmentent malgré tout.

Christoph Sax

Fonction Économiste en chef

Publié le

20 août 2026

Malgré le blocage du détroit d’Ormuz depuis près de six mois, le prix du pétrole est revenu d’un pic de 120 dollars à environ 90 dollars actuellement. Compte tenu de la fermeture de la principale voie de transport pour le marché pétrolier mondial, de nombreux experts s’attendaient à ce que les cours atteignent jusqu’à 180 dollars.

Si cette flambée des prix ne s’est pas produite jusqu’à présent, c’est notamment grâce à plusieurs contre-mesures: la Chine a considérablement réduit ses importations, les réserves stratégiques ont été mobilisées, une partie des exportations est réacheminée par oléoduc et d’autres pays producteurs ont augmenté leur production.

Cependant, ces mesures d’atténuation ont leurs limites et, en l’absence de perspective de résolution du conflit, elles ne suffisent pas à expliquer à elles seules pourquoi les prix du pétrole n’augmentent pas davantage. Les États-Unis apportent à cet égard une explication plausible. Le président Donald Trump a souligné à plusieurs reprises que le transport du pétrole fonctionnait normalement. Le ministre de l’Énergie, Chris Wright, estime le volume acheminé par le détroit d’Ormuz à 9 millions de barils par jour.

Si l’on inclut l’augmentation des exportations via les oléoducs, les exportations totales du golfe Persique se situeraient à un niveau proche de celui d’avant la guerre. Des estimations indépendantes font état en revanche de volumes nettement plus faibles, compris entre 5 et 7 millions de barils.

Les chiffres américains sont peut-être un peu trop optimistes – d’autant que Washington a tendance à minimiser les conséquences de la guerre. Plusieurs éléments suggèrent toutefois que les chiffres officiels sous-estiment l’ampleur réelle du trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz.

Il est devenu difficile de déterminer les volumes réels transportés. De nombreux pétroliers désactivent leurs transpondeurs et franchissent le détroit sans être localisés. Les transbordements en haute mer compliquent aussi le suivi des cargaisons.

Par ailleurs, l’accès aux images satellites à haute résolution est fortement restreint ou retardé sous la pression de Washington, ce qui favorise les passages non repérés. L’armée américaine dispose néanmoins d’un réseau de surveillance très dense et peut vraisemblablement compter sur des informations fiables provenant des États riverains comme les Émirats arabes unis, le Koweït, le Qatar ou l’Irak.

Alors que la situation sur les marchés mondiaux s’est quelque peu détendue, celle en Suisse évolue en sens inverse: les prix des carburants ne cessent d’augmenter depuis la mi-juin, principalement à cause du faible niveau d’eau du Rhin.

Environ un tiers des importations suisses de produits pétroliers transitent par le port rhénan de Bâle. Or, les bateaux de navigation intérieure ne peuvent actuellement circuler qu’avec une charge fortement réduite. Cela fait grimper les coûts de transport et met sous pression les chaînes d’approvisionnement nationales.

Les automobilistes suisses ne devraient bénéficier d’un répit durable qu’une fois le niveau du Rhin revenu à la normale grâce à d’abondantes précipitations.

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