Trump veut virer Powell s'il reste à la Fed à la fin de son mandat

15. avr 2026

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Washington (awp/afp) - Donald Trump s'est dit prêt à "virer" Jerome Powell si celui-ci ne quitte pas la banque centrale des Etats-Unis (Fed) prochainement, faisant monter la pression quelques jours avant l'audition de la personne censée lui succéder, Kevin Warsh.

M. Powell, dont le mandat de président s'achève en théorie le 15 mai, a indiqué qu'il comptait rester à la Fed tant que planerait une procédure judiciaire à son encontre, lancée par une procureure proche du président républicain.

Jerome Powell peut en effet rester en tant que gouverneur (ce mandat-là ne prend fin pour lui que début 2028).

"Eh bien alors je devrai le virer. (...) S'il ne part pas à temps (...) j'ai voulu le virer mais je déteste faire polémique", a déclaré Donald Trump dans une interview à Fox Business diffusée mercredi.

Le chef de l'Etat ne semble pas prêt à intercéder pour que l'enquête visant M. Powell soit abandonnée.

Celle-ci a été mal accueillie jusque dans son propre camp, des élus y voyant une attaque injustifiée contre l'indépendance de l'institution monétaire.

Cela a créé un imbroglio qui freine la validation, par le Sénat, de la personne qu'il a choisie pour succéder à Powell, Kevin Warsh.

Une commission du Sénat doit auditionner M. Warsh - un ancien gouverneur de la banque centrale (2006-2011) - mardi prochain.

L'une des responsables de la commission, la démocrate Elizabeth Warren, a protesté mardi, estimant dans un communiqué qu'il "ne devrait y avoir ni audition ni vote au Sénat concernant la nomination de Kevin Warsh tant que le président (Donald Trump, NDLR) continue de tenter de prendre le contrôle de la Fed".

Si M. Warsh n'est pas confirmé, il n'y aura pas de vacance à la tête de banque centrale. Il est prévu que M. Powell puisse rester président.

"J'espère que tout le monde va oeuvrer" pour que Kevin Warsh prenne son poste "le 16 mai", a déclaré mercredi le ministre américain des Finances Scott Bessent, sur CNBC.

"Ils vont trouver une solution", a estimé de son côté Kevin Hassett, le conseiller économique de Donald Trump, depuis un événement organisé par le média Axios à Washington, en marge des réunions du FMI et de la Banque mondiale qui se tiennent cette semaine dans la capitale américaine.

"Quel raisonnement"?

Depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, Donald Trump a tenté d'accélérer le départ de Jerome Powell et d'évincer une autre responsable de la Fed.

Il espère placer à la banque centrale des personnalités convaincues, comme lui, que les taux d'intérêt devraient être plus bas et que les craintes concernant le niveau de l'inflation sont exagérées.

Le milliardaire républicain a mis en cause la compétence mais aussi la probité de M. Powell en jugeant suspect le dérapage de la facture du chantier de rénovation du siège de la Fed à Washington.

La procureure Jeanine Pirro l'a pris au mot et a initié une procédure judiciaire pouvant aboutir à des poursuites pénales, provoquant une levée de boucliers dans les milieux économiques et parmi la classe politique, des personnalités y voyant une manoeuvre d'intimidation de l'institution.

Un membre républicain de la commission sénatoriale devant auditionner M. Warsh, Thom Tillis, a ainsi prévenu qu'il ne validerait pas la nomination tant que le parquet ne classe pas l'affaire.

"C'est vraiment difficile de comprendre quel est le raisonnement du président Trump pour justifier la poursuite de cette enquête sur Jay (diminutif de Jerome, NDLR) Powell si elle ne fait que retarder la confirmation de Kevin Warsh", a remarqué auprès de l'AFP David Wessel, chercheur à la Brookings Institution, basée à Washington.

"S'il parvient à faire battre en retraite Jeanine Pirro - et tout le monde pense que c'est en son pouvoir - alors Jay Powell s'en ira quand Kevin Warsh sera confirmé", selon lui.

L'expert pense "tout à fait plausible", au contraire, un scénario dans lequel "Kevin Warsh passe son audition. Trump continue sa lutte contre Jay Powell. Le Sénat ne vote pas la confirmation (de Warsh), et cela dure des semaines, voire plus".

afp/al