Secousses pour la tech à Wall Street, fin de l'euphorie mais pas de panique

30. Oct 2026

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New York (awp/afp) - Le secteur technologique a encore connu une semaine agitée sur les marchés, contrariés par des résultats jugés décevants, les investisseurs recalibrant leurs attentes devenues irréalistes après 18 mois d'euphorie.

L'indice Nasdaq, à forte composition technologique, a perdu vendredi près de 2,9 %, sa pire séance depuis début juin, et termine environ 8 % plus bas que son pic historique début octobre. Il boucle ainsi son pire mois depuis mars 2025.

Jeudi, il avait été plombé par la publication la veille des comptes d'Alphabet (Google), marqués par un ralentissement des revenus publicitaires du groupe.

Vendredi, c'est Amazon qui a d'abord pesé sur la place new-yorkaise, après avoir, lui aussi, raté la cible fixée par les analystes, avant de réduire ses pertes (-1,4 % à la clôture).

"Ils étaient très nombreux à s'être positionnés" sur la tech et les cours "correspondaient à des résultats impeccables", décrypte Steve Sosnick, d'Interactive Brokers. "Donc dès que vous n'atteignez pas la perfection, vous prenez un retour de bâton."

Devenu un gros acteur de la publicité, Amazon a aussi connu une décélération dans ce domaine, et prévenu qu'elle se confirmerait au quatrième trimestre.

Plusieurs analystes y ont vu les effets de l'émergence des chatbots d'intelligence artificielle (IA) et des agents IA, qui permettent aux utilisateurs de contourner la publicité.

Les opérateurs se sont aussi crispés en observant à quel point les investissements massifs de ces deux groupes dans l'IA affectaient leur rentabilité à court terme.

Alphabet a dû puiser 9 milliards de dollars dans sa trésorerie au dernier trimestre, et Amazon plus de 42 milliards sur douze mois, du jamais-vu pour des sociétés habituées à dégager d'énormes flux de cash.

Après la clôture, l'agence de notation S&P Global a placé sous perspective négative Meta (Facebook, Instagram), qui a lui aussi dû puiser 2,1 milliards de dollars dans sa trésorerie au troisième trimestre.

"Durant l'essentiel de ces quatre dernières années, on ne se préoccupait pas de savoir combien cela coûtait parce qu'on se disait que cela générerait bien assez de revenus", explique Steve Sosnick. Mais depuis quelques jours, "le marché revoit ses projections de flux de trésorerie et de retours sur investissement".

- Monétiser l'IA ou non -

Pour Joe Tigay, gérant de portefeuille à Equity Armor Investments, les géants de l'informatique à distance (cloud), qui bâtissent les centres de données nécessaires pour l'IA, sont de toutes façons fautifs aux yeux de la Bourse.

S'ils "continuent à dépenser, ils vont devoir se financer à des coûts élevés", résume-t-il, mais "s'ils ralentissent, les investisseurs vont remettre en question l'élan (de l'IA) sur lequel (les investisseurs) parient depuis deux ans".

Dans ce contexte, Microsoft, troisième mastodonte du "cloud", a été relativement épargné après ses résultats mercredi, grâce à des flux de trésorerie encore positifs et des investissements plus maîtrisés.

Mais l'humeur de Wall Street a été encore assombrie par d'autres déconvenues, en particulier celle d'Intel (-28,6 %).

L'entreprise américaine de semi-conducteurs et microprocesseurs a publié des prévisions de chiffre d'affaires sensiblement inférieures au consensus des analystes pour le quatrième trimestre, conséquence directe d'une demande morose pour les ordinateurs personnels (PC).

Une pénurie mondiale de puces mémoire a engendré un bond du prix des PC, ce qui a freiné la demande.

Pour Bob Lang, d'Explosive Options, cette annonce souligne un phénomène qui a également pénalisé vendredi les concurrents d'Intel, AMD (-10,9 %) et Qualcomm (-11,13 %).

Autres ratages de la semaine : le réseau social Reddit ou la plateforme d'inspiration créative Pinterest, les observateurs estimant que l'effet IA n'était pas au rendez-vous dans les deux cas.

David Miller, responsable de l'investissement chez Catalyst Funds, voit "une séparation de plus en plus importante entre les entreprises qui arrivent à monétiser efficacement l'IA et celles qui ne parviennent pas à justifier leurs énormes investissements".

Pour autant, les Cassandre, convaincues de l'explosion d'une bulle spéculative de l'IA, restent ultra-minoritaires à Wall Street.

Pour savoir si les valorisations élevées de la plupart des grands noms de la tech sont vraiment en train de se fissurer, avance Steve Sosnick, il faudra attendre les résultats d'Apple, lundi.

afp/rp