11. Aoû 2026
Description
Pékin (awp/afp) - La start-up d'intelligence artificielle Manus a annoncé mardi qu'elle allait redevenir une entreprise indépendante, près de quatre mois après l'interdiction par Pékin de son rachat par l'américain Meta, concluant le démantèlement sans précédent d'une opération déjà bouclée dans le secteur de l'IA.
"Cela fait partie de notre séparation d'avec Meta: nous devons prendre cette mesure pour nous conformer aux exigences réglementaires dans certaines parties du monde", a indiqué l'entreprise sur son site.
Meta (Facebook, Instagram, WhastApp...) avait annoncé le 29 décembre le rachat, pour environ 2 milliards de dollars, de cette entreprise fondée en Chine et transférée à Singapour six mois plus tôt, avec la promesse d'apporter ce outil d'IA "de premier plan à des milliards de personnes".
Mais fin avril, la Commission nationale du développement et de la réforme, principale instance de planification économique chinoise, avait interdit l'opération et exigé "que les parties concernées renoncent à la transaction d'acquisition", sans autre explication publique.
- "Singapore-washing" -
Manus est un agent IA: un logiciel capable d'exécuter seul une série de tâches complexes - réserver un voyage, trier des candidatures ou analyser un marché - à partir d'une simple consigne, au-delà de la simple conversation avec un robot. Lancé en mars 2025 par la société Butterfly Effect, créée à Pékin en 2022, Manus avait aussitôt été présenté en Chine comme le nouveau DeepSeek.
Le dossier est devenu un cas d'école. Pékin s'en prend au "Singapore-washing", qui consiste pour des entreprises chinoises à s'installer dans la cité-Etat pour lever des fonds à l'étranger, échapper à un cadre réglementaire contraignant ou séduire une clientèle mondiale sans image trop chinoise.
"Pékin a jusqu'ici toléré cette pratique, mais le cas Manus marque un tournant majeur", avait déclaré à l'AFP en avril Wendy Chang, chercheuse au Mercator Institute for China Studies (Merics). Le signal s'adresse "à ses propres dirigeants de la tech, plus qu'à quiconque: les tentatives de contourner la réglementation nationale ne seront pas tolérées".
Deux cofondateurs de Manus, le directeur général Xiao Hong et le directeur scientifique Ji Yichao, ont été empêchés de quitter la Chine pendant l'examen du dossier, avait dévoilé en mars le Financial Times.
Le quotidien britannique a rapporté le 10 juillet que d'anciens investisseurs de Manus, dont le groupe chinois Tencent, négociaient son rachat à Meta pour la même valorisation de 2 milliards de dollars. Tencent doit y devenir le premier actionnaire, tout en restant minoritaire, selon le journal.
- Le pari des modèles ouverts -
Pour Meta, la perte de Manus tombe mal: distancé dans la course aux modèles de pointe, le groupe américain a relancé lundi les modèles ouverts, une approche dont il fut le champion avec ses modèles Llama avant d'y renoncer fin 2025 après des résultats décevants.
Il a mis en ligne lundi Muse Glimmer, assez léger pour fonctionner sur un ordinateur personnel et dont les "poids", les paramètres internes qui déterminent son comportement, peuvent être téléchargés et modifiés. A l'inverse, les modèles fermés qui font tourner ChatGPT et Claude ne sont accessibles que via les services en ligne de leurs propriétaires.
Dans un manifeste d'environ 6.500 mots, Mark Zuckerberg a érigé ce choix en doctrine: garder les modèles les plus puissants sous clé constituerait "le scénario le plus dangereux", écrit le patron de Meta, qui vise sans les nommer ses rivaux OpenAI et Anthropic.
Le groupe, qui investit jusqu'à 145 milliards de dollars cette année dans ses infrastructures d'IA, bataille contre toute régulation susceptible de le ralentir: aucune règle ne devrait retarder la sortie des modèles américains, "ne serait-ce que d'un mois", plaide son fondateur.
Sur le terrain des modèles ouverts, les acteurs chinois, DeepSeek et Alibaba (Qwen) en tête, se sont imposés depuis 2025. A Washington, le dispositif de contrôle des modèles avant leur diffusion, ordonné par le président Donald Trump début juin, n'a pas été dévoilé, mais il devrait concerné seulement ceux "fermés" d'OpenAI, Anthropic ou Google, épargnant ceux ouverts.
Les utilisateurs de Manus, eux, paient les frais du désengagement de Meta. Les données produites par une partie d'entre eux depuis le rachat seront effacées les 23 et 24 août, a précisé l'entreprise, qui leur laisse jusqu'au 23 pour les sauvegarder.
afp/rp