19. Fév 2026
Description
Genève (awp) - Affichant une croissance et une rentabilité en repli l'an dernier, Nestlé entame une importante mue de sa stratégie, en articulant son portefeuille autour de quatre domaines d'activités clés. Le rappel des laits infantiles affectera sa croissance à venir, mais est désormais terminé, assure en outre le géant veveysan. Quant à la division eaux minérales, des repreneurs potentiels ont été trouvés et elle devrait être déconsolidée l'an prochain.
Cette réorganisation autour des catégories phares que sont le café, les produits pour animaux de compagnie, la nutrition, ainsi que les produits culinaires et snacks, sera portée par les marques les plus fortes. Elle "favorisera le recentrage, la simplification et les synergies", souligne Philipp Navratil, administrateur délégué du groupe jeudi en marge de ses résultats annuels.
Dans ce cadre, l'unité Nestlé Health Science (NHS) disparaît pour être fusionnée avec la division nutrition, entraînant le départ de sa directrice, Anna Mohl.
Les catégories café, produits pour animaux de compagnie et nutrition représentent à elles trois plus de 70% du chiffre d'affaires. Celle des produits culinaires et snacks est plus régionales, disposant de marques implantées localement telles que Maggi, Kit Kat ou encore Milo. Figurant dans cette unité, les activités toujours en mains de Nestlé dans les glaces seront vendues à sa coentreprise Froneri. A l'inverse, le groupe conserve les surgelés, qui présentent encore du potentiel de synergies et de croissance, selon le CEO.
Quant au sort de sa division eaux minérales Nestlé Waters, chahutée par les scandales des filtres illégaux, la multinationale annonce avoir entamé "un processus d'engagement formel avec des partenaires potentiels" au premier trimestre de cette année. L'activité devrait être déconsolidée à partir de 2027.
Economies supplémentaires
Le groupe compte en outre accélérer son programme de réduction des coûts, réalisé à hauteur de 20%. Au total, 1,1 milliard ont été économisés l'an passé - 350 millions de plus que ce qui avait été prévu pour 2025 - sur les 3 milliards visés d'ici fin 2027. Par ailleurs, au dernier trimestre, la multinationale a annoncé 16'000 suppressions de postes au niveau mondial d'ici fin 2027, incluant environ 12'000 cols blancs, permettant de réaliser 1 milliard d'économies supplémentaires. Pour 2026, "nous visons 2 milliards d'économies, contre 1,4 milliard précédemment", note la directrice financière Anna Manz.
Le scandale des laits infantiles contaminés à la céréulide affectera toutefois à hauteur de -20 points de base la croissance organique attendue entre 3 et 4% cette année. Pour 2025, les coûts liés au rappel massif sont estimés à 75 millions sur l'Ebit, auxquels s'ajoutent 110 millions sur les autres charges d'exploitation dû aux dépréciations de stocks.
Dans l'intervalle, la production a repris dans toutes les usines. "Nous faisons appel à d'autres fournisseurs d'ingrédients et procédons à des tests approfondis tout au long du processus", assure le CEO. Ce dernier exclut des conséquences sur le long terme, notamment sur le plan réputationnel. "Nous devrons toutefois rebâtir la confiance", concède-t-il.
Début janvier, ce rappel touchait 31 pays et pesait moins de 0,5% du chiffre d'affaires. Depuis, une soixantaine de pays se sont retrouvés concernés, des avis de bébés malades se sont multipliés notamment en Belgique et au Royaume-Uni et trois morts suspectes de nourrissons ont été mises à l'investigation en France. De plus, le parquet de Paris a fait savoir vendredi dernier que cinq enquêtes ont été ouvertes par son pôle de santé publique concernant des laits infantiles contaminés distribués par Nestlé, Lactalis, Danone, Babybio et La Marque en moins, notamment pour mise en danger de la vie d'autrui.
Titre recherché
Dans l'ensemble, les déclarations du patron de Nestlé semblent rassurer les investisseurs, le titre progressant de 2,9% à 80,70 francs, prenant la tête d'un SMI en hausse de 0,21% en fin de matinée. Cette mise à jour de la stratégie "pourrait insuffler un nouvel élan et faire taire les pessimistes", commente Jean-Philippe Bertschy chez Vontobel.
Les résultats financiers sont passés au second plan. En 2025, les recettes ont reculé de 2% sur un an à 89,49 milliards. La croissance organique a atteint 3,5% et celle des volumes (RIG) 0,8%. Pour ce qui est de la rentabilité, le résultat opérationnel (Ebit) courant récurrent a reculé de 8,4% à 14,39 milliards et la marge afférente s'est inscrite à 16,1% contre 17,2% précédemment. Le bénéfice net a chuté de 17% à 9 milliards.
L'endettement a été ramené à 51,4 milliards au 31 décembre, contre 60 milliards à fin juin et 56 milliards à fin 2024.
Dans ce contexte, les actionnaires se verront gratifiés d'un dividende relevé de 5 centimes à 3,10 francs par action.
rr/vj/ol