3. Oct 2026
Description
New York (awp/afp) - Les grands constructeurs automobiles américains ont vu leurs concurrents asiatiques grignoter encore du terrain au troisième trimestre, une situation qui pourrait empirer si les marques chinoises parvenaient à entrer aux États-Unis, comme envisagé récemment par Donald Trump.
"L'histoire principale du marché continue d'être la croissance et, principalement, la force des constructeurs asiatiques", a relevé Charlie Chesbrough, chef économiste du cabinet spécialisé Cox Automotive.
Selon lui, les marques asiatiques devraient générer au final plus de la moitié des ventes de véhicules neufs au troisième trimestre, pour le second trimestre consécutif, flirtant avec "des niveaux de parts de marché record".
Dans le même temps, les constructeurs historiques surnommés les "Trois de Détroit" - General Motors, Ford et FCA/Stellantis (Chrysler, Jeep, Dodge, Ram, etc.) - devraient voir leur part de marché cumulée s'amoindrir à un peu plus de 36%, la plus basse jamais enregistrée.
Cette tendance s'explique, d'après M. Chesbrough, par la supériorité des marques asiatiques dans les motorisations hybrides, vers lesquelles se tournent de plus en plus d'automobilistes face à la sensibilité des cours du pétrole aux tensions géopolitiques et aux conflits.
À ce stade, GM continue d'occuper la pole-position mais son suiveur, le groupe japonais Toyota, comble l'écart.
Ainsi, la part de marché du groupe américain est passée de 17,4% en 2025 à 16,7% sur les neuf premiers mois de 2026, tandis que celle de Toyota a progressé de 15,2% à 15,6% dans le même temps, selon les dernières estimations de Cox.
Au troisième trimestre, les ventes de GM ont reculé de 5,5% à 670.974 unités tandis que celles de Toyota grappillaient +0,6%, à 633.223 unités.
Configuration similaire entre Ford et Hyundai-Kia, respectivement troisième et quatrième aux États-Unis: les parts de marché et ventes sont en repli pour le constructeur de Dearborn (Michigan), tandis que les tendances sont inversées pour le Sud-Coréen.
Cox avait même pronostiqué que Ford serait relégué au quatrième rang. Or le duo asiatique a vu ses ventes progresser mais pas autant que prévu, Ford conserve donc encore son rang.
Pour sa part, FCA US arrive en sixième position du classement derrière le japonais Honda.
Michael Orange, responsable des ventes au détail aux États-Unis pour FCA US, a mis l'accent vendredi sur un "contexte hautement concurrentiel".
Et la situation risque d'empirer.
- Accord conditionnel? -
Le président Donald Trump a en effet déclaré mi-septembre être "d'accord" avec l'idée que des véhicules chinois circulent sur les routes américaines, à condition que les constructeurs chinois ouvrent des usines aux États-Unis et embauchent des travailleurs américains.
Il s'exprimait en amont de la visite d'État fin septembre de son homologue chinois Xi Jinping, sa première à la Maison Blanche en plus de dix ans.
Le lobby des constructeurs, équipementiers et vendeurs automobiles basés aux États-Unis avait réagi peu après, dans une lettre adressée à M. Trump.
"Nous demandons instamment à votre gouvernement de maintenir des politiques qui barrent résolument la voie aux constructeurs automobiles chinois cherchant à vendre, importer ou fabriquer des véhicules aux États-Unis", avaient-ils imploré.
Parmi les signataires figuraient l'American Auto Policy Council, qui représente les "Big 3" historiques, et Autos Drive America, qui rassemble les constructeurs automobiles japonais, allemands et d'autres pays fabriquant des véhicules aux États-Unis.
Peter Nagle, expert de Mobility Global, a estimé récemment que les constructeurs chinois (BYD, Geely, SAIC) pourraient vendre 1,7 million de véhicules aux États-Unis (environ 11% du marché) d'ici 2038, selon l'agence Bloomberg.
L'importation des véhicules chinois n'est pas formellement interdite mais, dans les faits, elle est irrémédiablement entravée par des droits de douane punitifs appliqués par les gouvernements successifs.
Selon les industriels, ces taxes douanières permettent d'échapper - "à la différence de l'Europe, de l'Australie, de l'Asie du Sud-Est, du Mexique et de l'Amérique du Sud" - à "l'arrivée massive de véhicules chinois à bas prix".
Début septembre, l'Alliance pour l'innovation automobile - qui regroupe l'ensemble des constructeurs automobiles présents aux États-Unis - avait plaidé auprès des chefs du Congrès américain pour un "bannissement permanent" législatif des véhicules connectés chinois.
Une interdiction qui concernerait leur vente, importation et fabrication sur le sol américain.
John Bozzella, président de l'organisation, avait justifié cette requête par des raisons de "sécurité nationale" et pour endiguer ce qu'il considérait comme les velléités chinoises de "domination mondiale de la production automobile".
Il accusait également les constructeurs chinois de "déverser dans le monde entier des véhicules subventionnés avec des logiciels et des équipements connectés (...) capables de collecter, analyser et transmettre des données sensibles sur les véhicules et les consommateurs au parti communiste chinois".
afp/rp