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Tokyo (awp/afp) - Un plongeon des valeurs liées aux semi-conducteurs a fait dévisser mardi les Bourses de Séoul et Tokyo dans le sillage de Wall Street, après l'annonce d'une percée technologique chinoise, nouveau coup de semonce pour le secteur de l'intelligence artificielle (IA), déjà miné par les doutes sur ses perspectives de rentabilité.
Selon le site The Information, l'entreprise chinoise Shanghai Yuliangsheng a lancé la production industrielle de machines de lithographie par immersion dans l'ultraviolet profond (DUV).
Cette technologie, jusqu'ici exclusivement maîtrisée par le groupe néerlandais ASML, permet de fabriquer des puces très puissantes en utilisant la lumière ultraviolet pour graver des circuits microscopiques sur silicium.
La production en masse de machines DUV permettrait à la Chine de réduire sa dépendance aux appareils d'ASML.
L'annonce a fait l'effet d'un coup de tonnerre dans un environnement déjà ébranlé par les inquiétudes sur les niveaux de valorisation. Lundi à Wall Street, AMD a abandonné 5,17% et Nvidia 4,99%.
Puis mardi à la Bourse de Séoul, l'indice Kospi dévissait de 10% à la mi-journée, plombé par la dégringolade de 12% des champions des puces mémoire Samsung Electronics et SK hynix.
A Tokyo, l'indice Nikkei lâchait près de 4%, miné par les titres liés aux puces dont Kioxia (-18%).
Pékin est l'objet de restrictions d'importations imposées par Washington, interdisant aux fabricants de puces chinois d'acheter les systèmes de lithographie ultraviolette extrême (EUV) d'ASML, la meilleure technologie disponible, et les contraignant à utiliser les anciens outils DUV.
"Le régime de contrôle des exportations visait à maintenir la Chine à quelques années derrière technologiquement. Or, la lithographie DUV est plus lente, moins productive et plus coûteuse que l'EUV, mais elle s'avère suffisante pour les puces avancées", observe Angela Harmantas, analyste du cabinet Proactive Investors.
Désormais "les progrès chinois court-circuitent entièrement les chaînes d'approvisionnement occidentales", prévient-elle.
Combler l'écart
Selon The Information, "la Chine développe également sa propre technologie EUV", même si le projet reste "au stade de prototype".
Pour autant, "les systèmes chinois n'ont pas besoin d'égaler demain les équipements les plus avancés d'ASML : il suffit à la Chine de réduire l'écart plus rapidement que prévu pour remettre en question l'idée d'une domination technologique occidentale", souligne Stephen Innes, analyste de SPI Asset Management.
Sollicité par l'AFP, le groupe Yuliangsheng n'a pas immédiatement donné suite.
Dès septembre, le Financial Times avait fait état de premiers tests de l'entreprise. Mais l'accélération prend les experts de court. Selon The Information, Yuliangsheng prévoit de produire cinq machines DUV cette année et une vingtaine en 2027, contre 131 équipements DUV livrés par ASML l'an dernier.
"Combler entièrement l'écart technologique avec ASML pourrait prendre 7 à 10 ans, et la substitution complète des outils étrangers pour semi-conducteurs sera probablement plus lente, car les puces avancées nécessitent des outils de métrologie et d'inspection, plaquettes de silicium, résines photosensibles...", explique Masahiro Wakasugi, analyste de Bloomberg Intelligence.
Certes, "la position d'ASML demeure solide. Mais chaque amélioration, même minime, des équipements chinois réduit la dépendance aux fournisseurs étrangers, élargit la gamme de puces pouvant être produites localement et accroît la valeur stratégique de l'ensemble de la chaîne en Chine", souligne Stephen Innes.
"Vulnérables"
De quoi accélérer le développement et la production de processeurs chinois plus performants. "La Chine a déjà atteint des taux de localisation proches de 100% dans des secteurs stratégiques de la fabrication de puces", relève Masahiro Wakasugi.
Le groupe CXMT, dont le titre a flambé de quelque 500% lors de sa première journée de cotation lundi à Shanghai, contrôle 8% de parts du marché mondial des puces mémoire DRAM.
Toute nouvelle montée en puissance des puces permettrait aux acteurs chinois de l'IA de combler encore davantage l'écart avec les Etats-Unis.
Mi-juillet, le modèle Kimi K3 lancé par la start-up Moonshot AI a impressionné d'entrée par ses capacités proches de celles des IA américaines les plus avancées.
Or, la tech est déjà sous forte pression : les groupes américains Alphabet et Tesla, la semaine passée, ont été sanctionnés à cause de leurs perspectives d'investissement colossaux dans l'IA, aux rendements jugés trop incertains.
Les Bourses "reflètent les inquiétudes plus générales quant à la valorisation : les fortes attentes liées aux investissements dans les infrastructures d'IA ont rendu les hausses du secteur vulnérables aux prises de bénéfices dans un contexte macroéconomique fluctuant", note Angela Harmantas.
afp/jh