Il y a 8 heures
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Tokyo (awp/afp) - Après avoir grimpé de 50% sur les deux premiers mois de l'année, dopée par la tech, la Bourse de Séoul a été bousculée cette semaine par la guerre au Moyen-Orient, enchaînant plongeons historiques et rebonds spectaculaires, avant de se stabiliser vendredi.
L'indice vedette Kospi a terminé la séance de vendredi à l'équilibre (+0,02%), à 5584,87 points. Sur la semaine, il aura abandonné quelque 11%.
Fermée lundi en raison d'un jour férié, la Bourse de Séoul a subi avec décalage le choc sur les marchés mondiaux de la guerre déclenchée au Moyen-Orient depuis samedi par les frappes américaines et israéliennes contre l'Iran.
Le Kospi a plongé de 7,24% mardi puis creusé ses pertes le lendemain en dévissant de 12,06%, une dégringolade sans précédent. Il a cependant rebondi de quelque 9,6% jeudi avant de reprendre son souffle au dernier jour de la semaine.
Une volatilité "historique", s'étonne Chung Hae-chang, analyste chez Daishin Securities.
"Si la crainte d'un conflit prolongé au Moyen-Orient a semblé être le déclencheur apparent de ces fortes fluctuations, la cause sous-jacente réside dans la lassitude accumulée après une hausse de 50% de l'indice en seulement deux mois, sans correction significative", analyse-t-il.
Les champions sud-coréens des puces mémoire Samsung Electronics et SK hynix ont en effet continué de flamber en janvier et février, alors même qu'un coup de froid faisait trébucher les valeurs tech à Wall Street sur fond d'inquiétudes quant à la rentabilité de l'intelligence artificielle et à la possibilité d'une bulle autour de valorisations du secteur.
En une sorte de rattrapage, les actions de Samsung et SK hynix --qui dominent de façon écrasante la cote sud-coréenne-- ont finalement dégringolé de respectivement 14% et 16% environ cette semaine, entraînant l'ensemble du Kospi dans leur sillage.
Un mécanisme boursier a aggravé le plongeon: les investisseurs ayant acheté à découvert et misé sur une hausse des cours ont été forcés d'ajuster dans l'urgence leurs positions.
Le pétrole, ombre sur la tech
Autre facteur d'inquiétude: le détroit d'Ormuz, goulet d'étranglement par lequel transitent environ 20% du pétrole et du GNL mondiaux, est désormais de facto fermé au trafic, faisant s'envoler les cours du baril.
De quoi plomber les économies asiatiques très dépendantes des hydrocarbures du Moyen-Orient.
"Étant donné que Corée du Sud, Japon, Chine et Taïwan dépendent fortement des approvisionnements énergétiques transitant par Ormuz, tout blocage (prolongé) aurait des répercussions négatives importantes sur ces marchés", indique à l'AFP Chung Hae-chang.
La Corée du Sud, huitième plus gros consommateur de brut du monde, importe environ 70% de son pétrole du Moyen-Orient... et son économie repose largement sur ses exportations tech.
Or, les économies asiatiques axées sur l'exportation se retrouvent soudainement contraintes de recalculer leurs marges face à un baril plus cher renchérissant leurs chaînes de production tech très énergivores et les coûts du fret maritime.
"La Corée du Sud est une économie fortement dépendante des exportations, et les signes d'escalade du conflit ont accentué l'incertitude", précise auprès de l'AFP Kim Dae-jong, de l'université Sejong.
Fonds de stabilisation
Signe des inquiétudes d'une contagion, le président sud-coréen Lee Jae Myung a ordonné jeudi l'activation d'un fonds de stabilisation des marchés financiers en raison de la guerre au Moyen-Orient.
Le dirigeant de la quatrième économie d'Asie a ainsi demandé de recourir à ce fonds de 100'000 milliards de wons (presque 58,8 milliards d'euros) "pour prévenir toute instabilité sur les marchés de capitaux".
Autre effort pour rassurer les marchés et l'industrie de la tech: Hoon-sik, chef de cabinet du président Lee Jae Myung, a assuré vendredi que Séoul avait obtenu "la livraison d'urgence" de 4 millions de barils de brut via des ports des Emirats arabes unis ne nécessitant pas de passer par le détroit d'Ormuz.
Enfin, le poids de la tech dans la Bourse de Séoul explique aussi sa spectaculaire reprise.
"C'est le signe d'un retour de la confiance dans les résultats des entreprises (...) Il s'agit d'un réflexe mécanique après une liquidation forcée. La situation sous-jacente des firmes asiatiques de semi-conducteurs demeure inchangée", insistait jeudi Stephen Innes, de SPI Asset Management.
"Wall Street reste portée par la croissance de la demande liée aux investissements dans les infrastructures d'IA. Ce que la correction boursière devrait éliminer, c'est simplement la spéculation excessive qui l'entourait", estimait-il.
afp/ib