20. jan 2026
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Paris (awp/afp) - Début 2025, le gouvernement américain de Donald Trump engageait un vaste programme de coupes financières à l'aide internationale, notamment en matière de santé. Un an plus tard, le bilan humain pourrait déjà se porter à plusieurs centaines de milliers de morts.
"L'an dernier, on arrivait encore à tenir avec ce qui reste", explique à l'AFP Sarah Shaw, de l'ONG MSI, qui promeut la santé sexuelle dans de nombreux pays, notamment africains. "Maintenant, il ne reste plus rien."
Annoncée en janvier 2025, quelques jours après l'investiture de M. Trump, la baisse des financements visait en premier lieu l'Usaid, agence américaine chargée du développement international. La mesure était inspirée par Elon Musk, à l'époque à la tête d'un Département de l'efficacité gouvernementale, qui a depuis quitté l'administration Trump.
Quelque 83% de ses programmes ont été gelés, portant un coup important à la lutte contre le VIH, la tuberculose, le paludisme et d'autres maladies.
Les Etats-Unis ne sont certes pas les seuls à réduire leur aide internationale. D'autres pays développés - Allemagne, France, Royaume-Uni... - font de même, dans un mouvement général qui préoccupe nombre d'experts en santé mondiale.
Mais les conséquences des coupes américaines sont sans équivalent: avant les mesures prises par M. Trump, les Etats-Unis contribuaient à plus de 40% de l'aide internationale.
Il n'est pas possible de dire au chiffre près combien de décès sont attribuables à ces baisses de financement mais, sur la base de modélisations, plusieurs instituts de recherche ont publié des estimations concordantes.
Selon le site Impact Counter, créé par des chercheurs de l'université de Boston pour évaluer en temps réel les impacts concrets de programmes sociaux ou humanitaires, les coupes à l'USAID ont déjà causé plus de 750'000 décès, dont 500'000 chez des enfants.
Plus de 70'000 de ces décès sont liés au paludisme et 48'000 morts à la tuberculose. Mais la lutte contre le VIH est la plus affectée avec 170'000 décès, faisant écho à une alerte portée en novembre par l'Onusida.
"Comme un iceberg"
L'agence des Nations Unies a prévenu que les coupes américaines risquaient d'"effacer" des décennies de progrès.
Une enquête publiée ce mardi par Coalition Plus - une organisation rassemblant les principales associations françaises de lutte contre le VIH - et réalisée auprès de 79 ONG dans une cinquantaine de pays, montre que leur fonctionnement a été affecté partout dans le monde.
Quatre cinquièmes de ces ONG ont dû réduire de moitié leur distribution de la PrEP, un traitement préventif considéré comme un axe majeur de lutte contre le VIH.
Et, pour les personnes déjà infectées, les coupes américaines ont largement contribué à réduire l'accès aux médicaments antirétroviraux, qui permettent de stabiliser leur santé.
Critiquée sur le sujet, l'administration Trump souligne toutefois qu'elle maintient certains financements, jugés les plus cruciaux, par exemple pour faciliter l'accès au lénacapavir, un traitement largement considéré comme une avancée majeure.
Mais l'effondrement des financements américains a des ramifications qui vont bien au-delà du seul accès aux traitements.
"Les financements de l'Usaid étaient un peu comme un iceberg" dont une large part est cachée à l'oeil nu, explique à l'AFP Mme Shaw.
Moins visibles que les aides directement destinées aux programmes de santé, des financements destinés aux infrastructures se sont aussi envolés, avec des conséquences aussi problématiques sur le plan sanitaire, comme l'explique à l'AFP Caterina Monti, chercheuse à l'institut de santé mondiale (ISGlobal) à Barcelone.
Selon cet organisme, qui avait donné ces estimations en primeur à l'AFP en novembre, plus de 22 millions de décès évitables pourraient être liés d'ici à 2030 aux coupes financières des pays développés.
Mme Monti cite comme exemple le cas d'enfants souffrant de diarrhées dans une zone isolée. Non seulement il leur faut des traitements, mais aussi de l'eau potable, des installations sanitaires décentes et, tout simplement, être bien informés sur les règles hygiéniques de base.
"C'est un système complexe: si vous retirez une pièce, plus rien ne marche", conclut-elle.
afp/jh