8. jan 2026
Description
Hong Kong (awp/afp) - Zhipu AI, champion chinois de l'IA, a réussi son entrée jeudi à la Bourse de Hong Kong, où son rival MiniMax suivra vendredi: test crucial pour un secteur en plein essor, après des cotations en fanfare d'autres pépites tech et sur fond de rivalité sino-américaine.
Zhipu AI, fondée en 2019, est un important fournisseur de robots conversationnels basés sur de grands modèles de langage (LLM) pour les entreprises de la deuxième économie mondiale, équivalents locaux de ChatGPT. La hausse était d'environ 3% dans les premiers échanges, puis l'action a clôturé la séance en hausse de quelque 12%.
Son introduction sur le marché hongkongais, ainsi que celle de MiniMax vendredi, intervient alors que les champions américains du secteur --OpenAI (créateur de ChatGPT) et Anthropic (connue pour son chatbot Claude)-- ne sont pas encore cotés en Bourses.
Signe de l'engouement autour de l'IA en Chine: ces deux introductions à Hong Kong ont été sursouscrites par les investisseurs, la demande excédant de loin l'offre de titres disponibles.
Au final, l'opération a permis à Zhipu de lever l'équivalent de 552 millions de dollars américains.
Or, sur les Bourses chinoises comme à Wall Street, l'essor de l'IA a contribué à porter les actions technologiques à des sommets historiques ces derniers mois, même si la volatilité s'avive et que les craintes d'une "bulle" persistent.
Témoin de cette fièvre: MetaX, fabricant chinois de puces haut de gamme pour l'IA, a réalisé mi-décembre une entrée fracassante à la Bourse de Shanghai, où son titre a flambé dès les premiers échanges de 750% --reflétant l'espoir de voir la Chine rivaliser avec le géant américain Nvidia.
Deux semaines auparavant, la cotation de Moore Threads, autre fabricant chinois de puces, s'était traduite par une envolée de plus de 400% le jour de son introduction à Shanghai.
Et selon plusieurs médias, le géant tech chinois Baidu s'apprête à coter distinctement à Hong Kong sa filiale de puces Kunlunxin.
"Défis fondamentaux"
Pour Poe Zhao, expert du secteur et fondateur de Hello China Tech, les cotations de cette semaine "démontrent à la fois le potentiel de revenus et les défis fondamentaux auxquels cette nouvelle génération d'entreprises basées sur des +LLM+ est confrontée".
"La forte demande reflète clairement un optimisme plus large concernant l'IA chinoise", indique-t-il à l'AFP.
"Est-ce que je pense qu'il y a une bulle? Oui. Mais je veux distinguer +bulle+ et +risques liés à la bulle+: ces entreprises ont besoin d'une forte intensité de capital", observe-t-il. Elles brûlent du "cash" comme leurs rivaux de la Silicon Valley.
En janvier 2025, la jeune pousse chinoise DeepSeek avait ébranlé le monde de la tech avec un modèle IA à faible coût et haute performance qui bouleversait les idées reçues sur la domination américaine.
Et la rivalité sino-américaine, nourrie par des considérations géopolitiques, s'est envenimée.
Pékin encourage ainsi ses entreprises tech à utiliser des microprocesseurs locaux en raison des restrictions de Washington sur les puces de Nvidia.
Et il y a un an, Washington avait placé Zhipu, soutenu par le conglomérat Tencent, sur sa liste noire de contrôle des exportations pour des raisons de sécurité nationale.
Et Disney ainsi que d'autres géants américains du divertissement dont Universal, poursuivent MiniMax pour violation du droit d'auteur.
MiniMax vise le marché grand public, en particulier hors de Chine, avec ses outils d'IA générative pour la parole, la musique et la vidéo, le texte.
M. Zhao ne s'attend pas à ce que Zhipu ou MiniMax soient rentables "de sitôt": "Cela dépend de deux mutations à l'échelle du secteur: des coûts informatiques nettement plus bas et une demande d'IA beaucoup plus large pour répartir ces coûts", insiste-t-il.
"Six tigres"
Shengyun Lu, fondateur de LSY Consulting, classe Zhipu et MiniMax parmi les "six tigres" chinois de l'IA --six jeunes pousses fournissant des modèles LLM, en concurrence avec des géants de la tech comme Alibaba et ByteDance (TikTok).
Mais "exploiter une entreprise de modèles IA fondamentaux coûte cher et prend du temps", avertit-il.
"Ces introductions boursières permettent aux entreprises de lever des fonds pour financer leurs futurs travaux de recherche", mais non sans risque: "d'un autre côté, les premiers investisseurs cherchent la sortie" dès qu'ils peuvent engranger des bénéfices.
afp/jh