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Londres (awp/afp) - Le géant britannique des hydrocarbures BP a annoncé lundi se séparer avec effet immédiat de son président Albert Manifold, en raison "de graves préoccupations" liées à sa gouvernance et sa "conduite", nouveau coup de théâtre à la tête d'un groupe chahuté ces dernières années.
Le conseil d'administration a décidé "à l'unanimité qu'Albert Manifold ne devait plus exercer les fonctions de président et d'administrateur avec effet immédiat", explique l'entreprise dans un communiqué.
"Cette décision fait suite à de graves préoccupations portées à l'attention du conseil concernant des questions importantes de gouvernance, de supervision et de conduite", ajoute-t-elle sans donner aucun détail sur les faits reprochés à son dirigeant, en poste depuis à peine huit mois.
L'une des administratrices de l'entreprise, Amanda Blanc, explique dans le communiqué que "le conseil a été surpris et déçu d'apprendre l'existence" de ces problèmes, "qu'il juge inacceptables", et a donc "pris des mesures décisives".
Le titre a chuté de plus de 9% à la Bourse de Londres peu après cette annonce et perdait près de 6% en début d'après-midi.
Recentrage radical
Âgé de 63 ans, M. Manifold avait pris ses fonctions à la tête du Conseil d'administration le 1er octobre dernier à la place du Norvégien Helge Lund, premier à faire les frais d'une vaste révolution interne après une tentative ratée de virage vert.
Le groupe avait dans la foulée nommé une nouvelle directrice générale, l'Américaine Meg O'Neill, qui a pris ses fonctions début avril, avec pour mission de mettre en oeuvre un plan de recentrage radical sur les hydrocarbures et de réduction des coûts.
Le prédécesseur de Mme O'Neill, Murray Auchincloss, avait lui-même succédé à Bernard Looney, démissionnaire en 2023 après la révélation de relations personnelles non pleinement divulguées au sein de l'entreprise.
Le géant britannique, dont les performances ont décroché ces dernières années par rapport à ses rivaux, dont son compatriote Shell, a encore vu son bénéfice annuel fondre de 86% en 2025 -après avoir déjà chuté à pic un an plus tôt- plombé par la baisse des prix du pétrole et une lourde charge liée à la transition énergétique.
Mme O'Neill prévoit de réorganiser l'entreprise, en dissociant clairement ses activités amont et aval -c'est-à-dire la prospection et l'extraction d'un côté, et le raffinage et la commercialisation de l'autre.
"Défaillances"
A peine en poste, elle a dû faire face lors de l'assemblée générale fin avril à un désaveu cinglant de ses actionnaires, qui ont largement rejeté deux résolutions vues comme un recul de la transparence, notamment sur sa stratégie climatique.
M. Manifold, ancien directeur général du groupe irlandais de matériaux de construction CRH (2014-2024), avait lui aussi essuyé un vote contestataire, la résolution sur son élection recueillant plus de 18% de voix défavorables.
Le désormais ex-président "était considéré comme un contributeur important au redressement récent du groupe", explique à l'AFP Richard Hunter, analyste chez Interactive Investor.
"Une certaine incertitude pourrait persister tant que les détails ayant conduit à son départ ne sont pas connus, mais en agissant rapidement et de manière décisive, le conseil a peut-être levé tout doute sur le fait que les défaillances pourraient être plus largement répandues au sein du groupe", a-t-il ajouté.
L'administrateur Ian Tyler a été nommé par le conseil pour assurer l'intérim jusqu'à la nomination du successeur de M. Manifold.
afp/ck