Placements

Taux d’intérêt: la fin des craintes en vue

Au vu des prévisions de taux directeurs aux États-Unis, les craintes de voir les rendements obligataires continuer à monter n’ont guère de fondement.

Emeric Bruegger

Spécialiste en placements

Ces derniers mois, les rendements des emprunts d’État à dix ans ont fortement augmenté pour la première fois depuis trois ans. Aux États-Unis notamment, ils auraient doublé, passant de 1,5% à 3% environ.

Cette évolution a suscité l’inquiétude, car une hausse des rendements obligataires a tendance à peser sur les actions. Pourtant, au vu des prévisions du marché, il apparaît que ces craintes n’ont guère de fondement. Aux États-Unis, les prévisions font état d’une progression du taux directeur jusqu’à 3,25% en 2023, puis d’une légère détente (cf. graphique).

Selon cette hypothèse, les taux directeurs dépasseraient de très peu le pic atteint en 2019, à 2,5%. Des taux de 6% ou plus, comme on en a connu dans les années 1980 et 1990, semblent peu réalistes.

On peut donc partir du principe qu’avec des rendements avoisinant les 3%, les emprunts d’État américains à 10 ans reflètent déjà en grande partie les prévisions actuelles en matière de taux directeurs et qu’une forte progression des taux sur les marchés des capitaux n’est plus probable.Ce scénario est aussi étayé par deux autres observations reposant sur les données historiques:

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Premièrement, d’un point de vue historique, on constate que les pics atteints par les taux sur les marchés des capitaux, par exemple les rendements des emprunts d’État américains à 10 ans, sont proches des plus hauts atteints par les taux directeurs. Rien ne laisse penser qu’il en ira différemment cette fois-ci. Dans presque tous les cas, le pic des taux sur les marchés des capitaux est atteint avant celui des taux directeurs. Cela est dû au fait que les phases de restrictions en matière de politique monétaire sont suivies d’un affaiblissement économique.

Deuxièmement: depuis les années 1980, les taux directeurs affichent une tendance à la baisse. En effet, chaque cycle de relèvement a entraîné un pic moins important que lors du cycle précédent. Cela a créé des conditions favorables à un environnement de taux bas à long terme. Dans le cadre du cycle de taux actuel, le taux directeur américain devrait, pour la première fois depuis plusieurs décennies, dépasser le niveau du dernier cycle. Cependant, cette hausse a pour point de départ un niveau très faible des taux d’intérêt nominaux.

Qu’est-ce que cela signifie, concrètement, pour les investisseuses et les investisseurs? Sur le marché obligataire, la phase de remous devrait toucher à sa fin, ce qui est globalement positif pour les actions. Une fois de plus, on a pu constater qu’il était très difficile de prévoir le timing des fluctuations de taux. Ce contexte montre combien il est important de rester fidèle à sa stratégie de placement.

En bref: le reste de l'actualité économique

Nette croissance de la zone euro

En mai, l’économie de la zone euro a affiché une croissance marquée malgré la guerre en Ukraine et la forte inflation. À 54,9 points, l’indice des directeurs d’achat se situe toujours au-dessus du seuil de croissance de 50 points. Cette évolution positive est due principalement au secteur tertiaire, qui rattrape son retard maintenant que les restrictions dues à la pandémie sont levées.

La BRI atténue les craintes de stagflation

La Banque des règlements internationaux (BRI) ne partage pas les craintes de voir une stagflation (forte inflation et faible croissance) s’installer à l’échelle mondiale. La BRI table certes sur une croissance en berne, mais également sur une moindre progression de l’inflation. Elle explique cette prévision par le fait que ces cinquante dernières années, la consommation énergétique par unité de PIB réel a diminué de 40%.

Une industrie américaine résistante

Aux États-Unis, au mois d’avril, la production de l’industrie et du commerce de détail a redémarré plus fortement que prévu. L’industrie manufacturière, en particulier, s’est nettement redressée, notamment pour ce qui est de la production de véhicules automobiles et de pièces détachées. Le commerce de détail s’est également montré robuste: malgré un recul du revenu réel dû à l’inflation, les consommateurs restent d’humeur acheteuse.